Stores1974–1990

Apia
1981, 120 x 178 cm
nitrocellulosique sur bois
Collection privée
ENTRETIEN AVEC MICHEL TROCHE 1982 – APIA BELLEGARDE: LA COULEUR VÉCUE, SOMOGY, ÉDITIONS D’ART, PARIS, 2006 - extrait
MT: Depuis 1974, les thèmes que vous développez illustrent une relation organique en état de fusion entre les forces de la nature et l’énergie humaine. Vous y introduisez plusieurs niveaux de lecture de formes en mutation, du végétal, de l’animal, du minéralogique. Silhouettes décharnées, enveloppe de corps d’espace ou de terre, signes polyvalents. Inconscient collectif, mythologies, psychanalyse onirique?
CB: Si par exemple on examine un store daté de 1981, le titre de l’œuvre, Apia, nous fournit une première indication. Son évocation de la mythologie grecque, puisque ce nom est celui de notre vieille terre, sœur et épouse d’Uranus: le ciel tend à mettre en lumière, à réactualiser un archétype de notre héritage culturel. Cette fiction théogonique, par ses descriptions iconologiques, propose une projection visuelle de la condition humaine.
MT: La peinture ne fut-elle pas uniquement pendant des siècles pour l’humanité ce médium extrait des plantes, des minéraux, de la terre et des insectes dont on imprégnait la peau, les tissus, les poteries, les murs?
CB: La couleur pure valorise l’objet et potentialise la pensée. Cette teinture, acte alchimique de la substance, se devait d’être un transfert chargé de significations idéalisées. La couleur industrielle de notre époque se veut un revêtement extérieur qui prétend à l’intemporel dans une finalité de résistance aux dégradations. Une éternité unidimensionnelle, surgelée en quelque sorte. Cependant le produit existe et notre environnement ne facilite pas le broyage des terres! Rien ne nous empêche de l’employer et de le traiter dans la perspective d’autres objectifs.


